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Hannah - Récit 1 - Vivre, un peu plus loin -


Photo by Thomas Griesbeck on Unsplash

Musique Lévon Minassian (Duduk) - " They Have Taken the One I Love "


Bousculée par la foule de femmes et d'enfants qui hurlent autour d'elle, les yeux de Hannah ne voient plus, ses oreilles n'entendent plus les hurlements des chiens et des soldats qui la poussent à l'intérieur du camp. Ada ? Ada ? De toutes ses forces, elle essaye de retourner vers la petite fille. Au loin, une ombre rouge allongée sur le sol. Ce ne peut être Ada. Une petite fille de sept ans ne peut pas mourir ainsi, en quelques minutes. Ce n'est pas vrai, ce n'est pas possible. C'est juste un cauchemar. C'est uniquement sa peur à elle, Hannah. Ada est tombée sur la terre glacée. Elle s'est évanouie car il faisait trop froid et elle avait trop faim. Il faut absolument qu'elle trouve à manger, un morceau de pain, n'importe quoi mais quelque chose pour Ada. On va certainement la lui ramener et alors elle pourra s'occuper d'elle. Elle est la seule à connaître Ada et pouvoir apaiser ses peurs. Alors, elle la prendra dans ses bras, la serrera contre son cœur pour la réchauffer et lui chantera les chansons qu'elle aime pour l'endormir. Et puis, Ada sourira dans son sommeil, comme lorsqu'elles étaient serrées toutes les deux, blotties dans le grand lit, loin, très loin d'ici, dans la maison sur la colline.


Les images de la vie d'Ada défilent dans la tête de Hannah. Le froid glacial du camp la ramène parfois quelques secondes à l'horrible réalité. Alors Hannah ferme vite les yeux et pousse de toutes ses forces ses pensées vers Ada. Elle la revoit, minuscule bébé aux grands yeux noirs. Hannah s'était étonnée de cet enfant muet qui n'avait pas poussé un seul cri lorsqu'il était sorti de son ventre. Seuls ses yeux immenses l'avaient dévisagée. Elles s'étaient regardées, leurs regards s'étaient mélangés et elles s'étaient reconnues. Ada l'avait choisie pour s'incarner sur cet univers et Hannah le savait, le sentait, et du très loin de son âme, elle s'en souvenait.


On sait tout lorsqu'on est guide au paradis des âmes : la raison pour laquelle on s'incarne sur terre, les missions que l'on doit y effectuer, les âmes que l'on y côtoie et celles avec qui l'on vit. Les guides s'incarnent rarement sur terre. Ils y ont déjà vécu des milliers d'années et y ont fait des milliers d'apprentissages. Mais cette dernière expérience sur terre, c'était l'âme de Hannah qui l'avait choisie. C'était son ultime mission sur cet univers. Elle devait accompagner Ada tout au long de sa courte vie.


Mais aujourd'hui, en cet hiver 43 à Budapest, Hannah a tout oublié de tout cela.


La nuit est descendue sur le camp. Hannah sent qu'on la soulève. Des mains l'allongent sur un lit ou plutôt sur des planches en bois. C'est dur et son dos lui fait mal. Son manteau recouvre son corps et, à travers lui, elle sent encore un peu de l'odeur de Ada. Elle ouvre les yeux et voit des visages au-dessus d'elle. Les contours sont flous car il fait très sombre. Des crânes rasés d'où sortent d'immenses yeux plein de tristesse et d'effroi la regardent avec tendresse. Des mains caressent sa tête. Où est-elle ? Que fait-elle ici ? Pourquoi ont-ils rasé les cheveux des femmes ? C'est ça la mort ? Hannah sent son cœur battre dans sa poitrine et, avec lui, les souvenirs déchirants remontent à la surface : le camp, le froid, Ada, la petite ombre rouge sur le sol glacé.


Lorsque la peine est trop grande, trop insupportable pour vivre, Hannah sait que seul le sommeil permet d'y échapper, quelques minutes, quelques heures parfois. Elle sait qu'à travers lui, on peut rejoindre son âme et que loin, très loin, dans l'univers des âmes, on retrouve toujours ceux qu'on aime et que l'on a côtoyés sur terre. Ada le savait aussi sans qu'elle ne le lui ai jamais appris. Hannah l'avait souvent observée, lorsqu'elle était petite et qu'elle jouait seule dans sa chambre. Elle parlait à son âme comme à sa plus fidèle amie. Elles formaient toutes deux, un ensemble parfait, magnifique et sublime et Hannah aimait à les regarder.


Alors, Hannah s'est roulée en boule sous le manteau qui sent si bon Ada. Elle a senti ses paupières se fermer sur ses yeux lavés de pleurs, et son âme s'envoler, souple et légère au-dessus du camp. Elle a traversé les brumes glacées de l'hiver pour rejoindre les rives bleues du Danube et s'est faufilée entre les grands arbres noirs au flanc de la colline. Les portes de la maison étaient encore ouvertes, alors son âme y est entrée, portée par le souffle du vent.

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