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La vie de Ada - Récit 23 - Âme à Âme -



L'été tarde à arriver à Budapest en cette année 1943. La grêle, la neige et les frimas de l'hiver sont réapparus en ce début du mois de mai et la grande bâtisse sur la colline s'est à nouveau drapée dans une blancheur poudrée. Le froid que l'on croyait enfin disparu a ré-infiltré les murs de la maison. Le soir, Raphaël allume du feu dans la cheminée du salon et les femmes et les enfants se retrouvent, serrés les uns contre les autres pour le dîner.


Ce repas tous ensemble dans le salon, c'est devenu un rituel. Avant cette pièce, c'était celle de Hannah. L'espace lui était réservé. C'était là où elle jouait du violon, le soir. Seule, Ada avait le droit d'entrer et de la regarder, jusqu'à cette nuit de janvier où elle y avait conduit Raphaël, en le tirant par le bras. A partir de ce jour, tout avait changé. Avant, la musique, c'était le chant de son âme. Elle n'avait pas pas besoin de le partager, avec quiconque. Il y longtemps maintenant, alors qu'elle se produisait sur les scènes de concert, ce n'était que la musique qu'elle offrait en partage. Son âme, elle, elle la gardait, enfouie au fond d'elle-même, invisible aux yeux du monde.


Alors, peu à peu, depuis cette nuit de décembre, où Raphaël était entré dans le salon pour la regarder, Hannah lui avait ouvert la porte de sa musique ainsi qu'à Sara, Elsa et Adam. Tous les soirs après le dîner, devant le feu de la grande cheminée, elle prenait son violon et laissait parler la musique. Raphaël était toujours muré dans son silence et la communion avec elle, c'était à travers la musique qu'elle existait.


Ce soir encore, Hannah ne sait toujours pas qui est Raphaël, cet homme de la ville, arrivé si brutalement dans sa vie, par une sombre soirée de décembre. Raphaël est pourtant bien présent avec elle ou avec les autres et cependant, il ne l'est jamais vraiment. Souvent, sa haute taille et ses larges épaules disparaissent dans les ombres de la maison. Souvent, Hannah est saisie par l'étrangeté de son regard. Des yeux noirs profonds qui la fixent avec une intensité toute particulière. Ces yeux, elle sait qu'elle les connaît déjà, depuis très longtemps, des siècles, des vies, pour parler en temps de cette terre. C'est le regard de l'âme, d'une âme qu'elle croit connaître.


Hannah sait que c'est à travers les yeux que l'on reconnaît, sur la terre, les membres de sa famille d'âme. Il arrive aussi parfois, que ce ne soit pas un membre du groupe à proprement parlé, mais qu'on ait simplement déjà vécu ensemble différentes vies, quelquefois en tant qu'homme, femme ou enfant. Les rôles que l'on joue sur terre résultent du choix de notre âme, bien avant de s'incarner sur notre univers et tout a un sens, une signification, une raison d'être.


Alors, en cette soirée de mai à Budapest, Hannah s'interroge. Qui est Raphaël ? Pourquoi est-il là à ses côtés ? Pourquoi l'a-t-elle choisie alors qu'elle était âme, dans l'univers des âmes ? Raphaël regarde Hannah et la douceur remplit son cœur. Il ne sait pas non plus qui elle est, mais ce qu'il voit, ce sont ses yeux, son regard et, tout au fond, il y une âme qu'il connaît.

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