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La vie de Ada - Récit 30 - Lorsque l'Amour rend libre -



Musique : Armand Amar - Inanna


"La mort est faite pour nous faire comprendre les choses. Lorsqu'on n'apprend pas, alors elle n'a servi à rien".


A la mort de son père, en ce mois de juillet 1943, Hannah avait tout observé, méticuleusement, chirurgicalement, comme pour graver à jamais au fond de son cœur, cette mort qu'elle savait, au plus profond d'elle-même, comme la plus grande expérience de sa vie.


Durant ces longues, interminables nuits et journées d'agonie, elle avait essayé, avec toutes les forces de son âme et de son corps, d'attraper une dernière lueur d'amour dans les yeux de son père. Mais elle n'avait lu que de la souffrance et sa quête à elle était restée intacte, froide, glaciale comme au premier jour de sa vie. Lorsqu'elle avait regardé la dépouille exsangue, allongée sur le lit funèbre, elle avait encore une fois, une dernière fois, recherché un signe de sa part. Mais elle n'avait vu qu'un corps.


Elle n'avait pas pleuré lors de l'enterrement. Son cœur était vide ou peut-être déjà plein ? Elle avait regardé le cercueil descendre lentement dans le caveau familial, là où se trouvait déjà sa mère, décédée quelques années auparavant. Elle avait préféré lever les yeux vers le ciel pour ne pas regarder la terre. La terre s'était la vie, pas la mort.


Ada avait alors attiré son attention avec ses jeux de petite fille. Telle une elfe, elle sautait autour des tombes et jouait avec l'eau de la fontaine. Ce qu'elle aimait, c'était tourner la manivelle en fer forgé pour en faire jaillir l'eau. Hannah avait couru vers elle. Avec un immense soupir de soulagement, elle avait alors senti la force de l'eau pénétrer ses mains, ses bras, son visage, jusqu'au fond de son cœur, de son corps, de son âme. Elle avait soudain senti la force de l'eau qui remplissait ses veines d'une nouvelle vie.


Ada avait glissé sa petite main dans la sienne et lui avait alors demandé de l'aider à arroser les fleurs sur les tombes voisines. Hannah avait regardé l'eau s’infiltrer dans la terre pour les nourrir. La vie pousse toujours, même dans les cimetières ...


Après, il y avait eu le vide. Le vide suit toujours la mort. Et puis, il y avait eu des jours, il y avait eu des nuits et puis Hannah avait compris. Cette quête d'amour qu'elle poursuivait depuis sa naissance, elle ne pouvait rester vaine. Ce trop-plein d'amour, qu'elle avait toujours voulu partager avec celui qui l'avait fait naître, et puis après, longtemps après, avec tous les hommes de sa vie, il ne pouvait mourir comme ce corps sec et décharné. Et puis, un matin, dans la pénombre de l'aube de ce mois de juillet 1943, telle une étoile éclatante et éblouissante, il était revenu comme un boomerang dans le cœur d'Hannah, l'emplissant d'un ineffable amour.


Elle avait alors compris que c'est à elle et à elle seule qu'il appartenait désormais. Cet immense amour, elle allait enfin pouvoir se l'offrir à elle-même, sans avoir besoin de le demander à quiconque. Elle allait le nourrir, le chérir, le protéger tel un nouveau-né qui ouvre les yeux pour la première fois à la vie.


Alors le soleil s'est levé sur Budapest et Hannah a senti ses rayons emplir son corps. Un immense cri a alors déchiré sa poitrine. Elle était désormais libre, libre d'aimer, de donner et de recevoir en retour.

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